Concilier développement, équité et biodiversité
Idées
L’industrie agro-alimentaire illustre à elle seule de nombreux aspects de la mondialisation : construction de filières mondialisées et division internationale du travail, impacts écologiques et sociaux des modes de production et d’échange, devenir de deux milliards et demi de paysans dans le monde, transformation socio-culturelle des modes de vie et des habitudes de consommation, jusque dans leurs aspects les plus vitaux.
L’exportation de produits agricoles est souvent présentée comme une stratégie pour le développement des pays du Sud, mais la production visant l’exportation de ces pays se concentre sur les plus grandes exportations agricoles. La croissance des exportations agricoles comme stratégie de développement durable est donc mise en question par de nombreux observateurs. L’industrie agro-alimentaire connaît elle-même un très fort taux de concentration au niveau mondial, au même titre que d’autres secteurs industriels.
L’agriculture est ainsi devenu un enjeu important, tant sur les plans symboliques que réels, des négociations commerciales multilatérales, et entre pays du Nord et du Sud, encore largement dépendants de l’exportation de matière première.
Existe-t-il un mode de développement responsable (socialement, environnementalement), durable et équilibrée pour l’industrie agro-alimentaire ?
Est-il possible, au-delà des filières de commerce équitable, de mettre en place des modes de production et d’échange qui soient respectueux des sociétés et de l’environnement ?
Ces mutations demandent-elles des changements culturels importants de nos modes de consommation et d’alimentation ? Sont-elles pour autant réalistes ?
Des pistes pour progresser : des acteurs en mouvement
- La mise en place de labels de qualité – les différentes acceptions de la qualité : qualité du produit, qualité social et environnementale, commerce éthique et équitable. Ces différentes interprétations de la qualité sont sans doute complémentaires.
- Des expériences de mise en relation et en réseau d’acteurs des filières alimentaires, du producteur au consommateur, préoccupés par la qualité sociale, environnementale et intrinsèque des produits. La question culturelle occupe une place importante dans ces réseaux.
Méthode
Nous suivrons l’organisation de deux filières agro-alimentaires illustratives des questions posée actuellement par cette industrie. Ces deux filières de production animale (volaille et poisson) illustrent à leur façon une problématique plus générale.
Les intervenants auront à l’esprit pour chacune des filières, des questions d’ordre général, notamment :
• La responsabilité sociale et environnementale de chaque acteur et la répartition de la valeur ajoutée le long de la chaîne de production-transformation-consommation
• Le contexte du commerce international, mesures réglementaires et conjonctures : droits de douane échelonnés, barrières et mesures phytosanitaires, dumping, etc.
• La responsabilité des gouvernements du Nord et de ceux du Sud pour la régulation des filières agricoles et agro-alimentaires
• Les perspectives / potentialités des mesures d’organisation de filières, et de coopération entre les acteurs d’une même filière.
Problématique
L’industrie agro-alimentaire joue depuis de nombreuses décennies un rôle fondamental dans la façon dont nos sociétés répondent à un besoin premier : se nourrir. Les filières de production – transformation et distribution de produits alimentaires sont aujourd’hui largement mondialisées, ce qui a provoqué dans de nombreuses sociétés une re-définition d’un des actes constitutifs de la vie sociale.
Bien qu’elle soit peu connue du public, l’importance de cette industrie ne peut pas non plus être sous-estimée des points de vue socio-économique et environnemental. Le chiffre d’affaires des dix principales industries agro-alimentaires dans le monde équivaut au PIB de l’Afrique. De l’Amérique du Nord au Brésil, de l’Afrique à l’Australie, l’organisation de filières mondialisées a entraîné une re-définition complète de la vocation de vastes territoires, et souvent des producteurs ruraux qui y vivent. Cette ré-organisation peut-elle se faire pour le bien de tous, et notamment des populations locales ?
Les filières animales sont sans doute celles qui sont le plus mondialisées, si on prend en compte la production pour l’alimentation animale. Leur développement fait face à des défis importants en termes de durabilité. Il y a quelques années, une étude analysait la disparition de la forêt d’Amérique centrale sous le développement de la « hamburger connection ». Au Brésil, la production de soja d’exportation menace aujourd’hui de faire disparaître le plus grand marais du monde. La productivité de l’agro-industrie semble être telle que l’on s’interroge sur la place laissée aux producteurs locaux.
Le commerce des produits agricoles est également un des principaux domaines de controverse à l’Organisation Mondiale du Commerce, dépassant la classique fracture Nord / Sud, comme le montre l’existence du groupe de Cairns et du G20. Ces produits doivent-ils pouvoir être échangés comme n’importe quel autre bien, ou bien doivent-ils bénéficier d’un statut spécial pour leur rôle social ?
Plusieurs questions générales seront posées dans le cadre de cet atelier, qui seront illustrées par des interventions d’acteurs de quelques filières illustratives :
- Quels sont les impacts sociaux et environnementaux du développement de l’agro-industrie dans les pays du Nord et du Sud ?
- Comment mieux réguler les filières agro-alimentaires, pour s’assurer que les acteurs du Sud et du Nord puissent bénéficier de revenus décents, et que la répartition de la valeur ajoutée se fasse de façon équitable ?
- Comment éviter le dumping des produits agro-alimentaires sur les marchés internationaux ?
- Comment concilier l’opportunité d’une agro-industrie d’exportation avec l’exigence d’un développement équilibré au bénéfice du bien-être de l’ensemble des populations ?
- Quels sont les leviers pour créer des chaînes de production et d’échange plus responsables et plus durables dans le domaine agro-alimentaire ? Leviers législatifs, culturels (habitudes alimentaires), labels, et autres possibilités de négociation entre partenaires d’une même filière, etc.